30 jan 2021
janvier 30, 2021

La recherche en Maïeutique

Pratiques Sage-femme

Une définition de la recherche en maïeutique est donnée par Marlène Sinclair, sage-femme et présidente de Doctoral Midwifery Research Society –  Lire

« Processus rigoureux d’études qui a pour but de produire des connaissances et un éclairage sur l’efficacité et l’efficience de la pratique sage-femme; ses conséquences sur les femmes, les nouveau-nés, les parents, les familles, la culture et la société. Il inclut la recherche en éducation et sur la formation clinique des sages-femmes, sur le développement et l’apprentissage de la maïeutique, le travail en équipe pluridisciplinaire, l’utilisation de l’information et des technologies de communication, l’organisation et sur les services délivrés aux femmes dans les maternité, les conditions de travail et sur les thèmes impactant sur la vie professionnelle des sages-femmes ».

(Mis à jour le 15 juin 2010 – Traduction de Christine Morin )

Tout au long de l’histoire, des sages-femmes renommées ont fourni des renseignements scientifiques précieux et beaucoup ont été saluées pour leur contribution à l’obstétrique et à la maïeutique.

Aujourd’hui, le retard des sages-femmes françaises dans le domaine de la recherche en Europe et dans le monde est indiscutable.

En 1998, Marianne Mead, sage-femme chercheur, écrivait

« la situation française est particulière : la sélection des étudiants et la formation initiale des sages-femmes sont exigeantes, mais en fin de parcours, elles n’ont que peu d’accès à la recherche et à la formation continue. La ‘maïeutique’ (Midwifery) existe en tant que discipline en Grande Bretagne et les sages-femmes peuvent accéder à un cursus PHD, mener des recherche en maïeutique (midwifery research) et être habilité à diriger des recherches. Les sages-femmes qui poursuivent en 3ème cycle de l’enseignement supérieur sont contraintes d’investir d’autres domaines que le leur, comme le droit, les sciences de l’éducation, les sciences humaines ou la santé publique- elles ne peuvent donc pas être repérées comme des modèles professionnels par les étudiants sages-femmes »
(Mead M. La sage-femme et la recherche. Doss Obstétrique. 1998;(265):3‑37).

En 2003, le plan périnatalité 2005 – 2007 « Humanité – proximité – sécurité – qualité pour moderniser l’environnement de la grossesse et de la naissance » a inscrit dans ses objectifs le développement de la recherche.
Plan de périnatalité à consulter ici.

« La recherche en périnatalité et, plus généralement, en reproduction est insuffisamment développée en France; ceci concerne aussi bien la recherche cognitive que la recherche clinique et en santé publique […]. »

Dans le champ de la recherche en maïeutique, la France peut progresser vers la voie de l’excellence.

En effet, bien des domaines sont à explorer, visant à améliorer la santé des mères, des nouveau-nés et la santé génésique des femmes :

  • la surveillance de la grossesse physiologique
  • Les mesures de prévention et d’éducation à la santé périnatale et génésique
  • l’allaitement, la surveillance et la conduite du travail et de l’accouchement
  • les sorties précoces en post-partum
  • l’instauration du lien mère-enfant et le développement du nouveau-né
  • le suivi gynécologique de prévention
  • l’éducation à la santé sexuelle des adolescents
  • les mesures d’accompagnement dans le contexte de l’interruption volontaire de grossesse
  • les mesures d’accompagnement dans le contexte de violence faite aux femmes.

En juillet 2011, une disposition règlementaire, amendée par la loi n° 2011-814 relative à la bioéthique, reconnaît la qualification des sages-femmes françaises pour les recherches biomédicales.
L’article 39 indique :

« Les recherches biomédicales concernant le domaine de la maïeutique et conformes aux dispositions du dernier alinéa de l’article L. 1121-5 ne peuvent être effectuées que sous la direction et la surveillance d’un médecin ou d’une sage-femme». En outre, la loi leur donne l’aptitude à recevoir une délégation de l’investigateur pour procéder à l’information de la personne et au recueil du consentement : « Lorsque la recherche biomédicale concerne le domaine de la maïeutique et répond aux conditions fixées au dernier alinéa de l’article L. 1121-5, l’investigateur peut confier à une sage-femme ou à un médecin le soin de communiquer à la personne qui se prête à cette recherche les informations susvisées et de recueillir son consentement ». La loi du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique

Grâce à une formation professionnelle de niveau académique et à la voie de la recherche qui s’ouvrent à elles, les sages-femmes françaises vont pouvoir développer la recherche en maïeutique en France après l’obtention d’une thèse d’université.

Les départements de recherche, dans lesquels s’inscriront les écoles de sages-femmes, avec des équipes multidisciplinaires (sages-femmes, médecins, anthropologues, sociologues, …), pourront aider au développement de projets de recherche en maïeutique ou, plus largement, en santé publique ou en éducation (aide et soutien à la formation des sages-femmes ou aux professionnels de santé des pays qui le nécessitent).

La participation de sages-femmes chercheurs (docteurs ou doctorantes) au sein de ces institutions favorisera le développement de projets de recherche en faveur de la femme et du nouveau-né.

Enfin, les sages-femmes chercheurs pourront s’unir aux sages-femmes qui, en Europe ou dans le monde, agissent depuis longtemps pour lutter contre le fléau de la mortalité maternelle et infantile à travers le monde.